Appel
à contribution

16e ÉDITION

Pour son 16e numéro, Chantiers Politiques propose une réflexion autour du thème « Secrets ». Tus ou cachés, manifestes ou voilés, connus de certain·e·s ou du plus grand nombre, les secrets, sous toutes formes et tous usages, infusent nos sociétés, nos institutions et notre monde. À la suite du précédent numéro, la revue ouvre une réflexion à la croisée des disciplines et des méthodes, en faisant appel à des articles de recherche, à des revues de littérature, à des entretiens, tout autant qu’à des contributions artistiques, venant d’étudiant·e·s, jeunes chercheur·se·s et artistes.

"Secrets"

Une première piste de réflexion propose de s’interroger sur la place du secret dans notre rapport au monde, en partant du constat d’une certaine opacité des choses et de leur impossible transparence : énigmes de l’existence, problème de l’apparence, révélation, impénétrabilité de l’origine, essence du monde, etc. Dans ce cadre, le rôle de la parole, de la langue et du langage apparaît comme central : les secrets questionnent la portée des mots, des sons et du sens, et nous heurtent aux problèmes de l’indicible, de la réticence ou encore du tabou. Entre taire et parler, le secret invite, sous le prisme de la psychanalyse, de l’histoire ou encore de la littérature, à réfléchir sur le mensonge ou sur le silence, et à écouter ce qui ne se dit pas, pas encore ou déjà plus. Il sera aussi possible de s’intéresser à deux champs aux prises avec les secrets du monde. D’une part, la science semble se donner pour projet de dévoiler des secrets jusque là ignorés : par une activité de recherche et d’enquête, elle aspire à des découvertes. D’autre part, l’art et la création interrogent l’énigme du dévoilement, par des stratégies de présentation et de représentation, de manifestation et de dissimulation, de visible et d’invisible.

Du secret industriel au secret d’État en passant par les questions plus diffuses de surveillances, ce numéro pourrait également aborder l'usage et l'émergence du secret dans les institutions, notamment dans leur fonctionnement interne : accès aux archives publiques et industrielles, services de renseignement, hiérarchie bureaucratique, monde académique, etc. La dénonciation récente par des « lanceur·se·s d’alerte » de secrets d’État ou industriels renouvelle par ailleurs les tensions, que connaît tout exercice du pouvoir, entre transparence et efficacité. Nous cherchons donc ici des contributions illustrant d’un point de vue juridique, sociologique ou historique le rapport du pouvoir sous toutes ses formes au secret, mais aussi les productions culturelles (arts, cinéma, littérature ...) interrogeant la construction d’un lien intrinsèque entre pouvoir et secret.

Les secrets peuvent en outre être au fondement de sociétés en marge ou en opposition au pouvoir : partis politiques clandestins, communautés de croyance, cercles magiques, etc. Tu par omission ou caché par mensonge, le secret n'existe pourtant qu'en tant qu'il est partagé et transmis entre ses dépositaires. Il favorise la cohérence interne d'un groupe d'initié·e·s tout en contribuant à exclure certains individus. Par ailleurs, les secrets peuvent régir les relations interpersonnelles, que l'on pense aux confidences entre ami·e·s, aux « secrets de grand-mère » transmis de génération en génération, ou aux relations entre enquêté·e·s et enquêteur·trice·s. On pourra chercher à donner un fondement historique, sociologique ou anthropologique à la confiance, la complicité ou encore l'excitation qui se logent dans la relation scellée par le secret. Enfin, les secrets sont constitutifs de l'identité même des individus. Ce que l'on dévoile ou dissimule relève parfois d'une mise en scène de soi qui diffère selon les contextes sociaux, qu'il s'agisse de stratégies voulues ou subies.

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